samedi 24 novembre 2012

En psychiatrie, un usage abusif de l'isolement

Lieux de détention : la France peut mieux faire
En psychiatrie, un usage abusif de l'isolement
Article paru dans l'édition du 20.04.12

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IEN, MAIS INSUFFISANT. Dans son rapport publié jeudi 19 avril, le Comité de prévention de la torture (CPT), organe du Conseil de l'Europe, relève des dysfonctionnements dans les unités de psychiatrie qu'il a visitées : port systématique du pyjama, patients en hospitalisation libre accueillis en pavillon fermé et, souvent, recours abusifs à l'isolement et la à contention.
Le Comité a ainsi constaté que les détenus transférés à l'hôpital pour des soins étaient « presque systématiquement »mis en chambre d'isolement dans les services de psychiatrie générale, toute la durée de leur séjour, et le plus souvent sous contention complète (bras, jambes, abdomen immobilisés) pendant les premières quarante-huit heures, voire jusqu'à la fin. Une mesure dictée pour des raisons de sécurité, et non par leur état clinique, relève-t-il, appelant la France à adopter des mesures permettant l'accès aux soins pour toute personne incarcérée ne pouvant être accueillie en unité hospitalière spécialement aménagée.
Pour les autres patients aussi, de telles pratiques, adoptées pour prévenir une phase d'agressivité, posent problème au CPT. Déjà, il avait recommandé plus d'encadrement. Malgré la mise en place de protocoles, le recours à l'isolement varie fortement d'un hôpital à l'autre, ce qui entraîne des dysfonctionnements. A l'hôpital Paul-Guiraud (Val-de-Marne), en psychiatrie générale, la moitié des dossiers examinés par le CPT bénéficiaient d'une « autorisation générale » de mise en isolement donnée au préalable au personnel par les médecins. Le rapport note également une surveillance hétérogène des patients à l'isolement, avec parfois des rondes toutes les deux ou trois heures : « Il est peu étonnant qu'un certain nombre de patients se soient plaints d'avoir fait l'expérience de situations humiliantes »,note le CPT, citant des difficultés d'alimentation et des incontinences urinaires et fécales.
Instruments de contention
Le rapport critique aussi la mise en isolement en attendant un placement en unité pour malades difficiles, pendant des périodes pouvant aller jusqu'à six mois, souvent sous contention complète. Une autre pratique est condamnée, cette fois dans l'unité de soins intensifs psychiatriques du centre Le Vinatier (Rhône) : la présence des instruments de contention dans les chambres d'isolement. Des patients ont affirmé que cela a accru leur anxiété.
Dans sa réponse, le gouvernement estime que des améliorations sont en cours, en matière d'accueil et de traçabilité. Il indique vouloir inviter la Haute Autorité de santé à redéfinir les règles d'isolement et de contention. Une façon, au moins, de reconnaître le problème.
Laetitia Clavreul

Médecin-chef à la Santé

Les choix du Monde
Mercredi 17 octobre 2012
Médecin-chef à la Santé
Article paru dans l'édition du 14.10.12
FRANCE 2 20.50 | TÉLÉFILM | Le réalisateur Yves Rénier dénonce l'indignité carcérale

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ans son livre paru en 2000 au Cherche-Midi, dans lequel elle racontait son quotidien de médecin-chef à la prison de la Santé, à Paris, Véronique Vasseur écrivait : « Les cafards courent dans l'infirmerie ; ils se baladent, s'infiltrent partout sur les pots de désinfectant : j'ai peur d'en serrer un dans la main. A la fin de la consultation, le type me demande s'il peut me revoir demain. Il a besoin d'être rassuré. Il est paumé, moi aussi. » Couloirs crasseux jonchés de détritus et de restes de nourriture où grouillent rats et souris ; murs qui partent en lambeaux ; chasses d'eau qui fuient au point que « de la verdure commence à pousser dedans » ; odeurs qui soulèvent le coeur, etc., la prison de la santé, c'est une cour des miracles au XXe siècle. Véronique Vasseur écrira, témoignera, mènera son combat pour que les détenus puissent accomplir leur peine dans la dignité.
Inspiré de ce livre Médecin-chef à la prison de la Santé, le téléfilm réalisé par Yves Rénier retranscrit à l'écran cette réalité, en y apportant, par petites touches, un cadre romanesque jamais racoleur. Car il s'agit, avant tout, de montrer que la révolte qui envahit progressivement son personnage central finira par envahir sa vie, jusqu'au point de non-retour. Le scénario, coécrit par Jean-Luc Estèbe et Véronique Vasseur, fait d'ailleurs la chasse aux facilités et aux digressions qui pourraient diluer le propos. Un parti pris que soutient le jeu de Mathilde Seigner, dense, profond, resserré, comme si rien ne pouvait distraire l'actrice (et donc son personnage) des murs de la prison.
AFFRONTER LA VIOLENCE DES LIEUX
Dans la vraie vie, comme on dit, Véronique Vasseur est la tante de la comédienne. Elle lui a néanmoins laissé toute liberté, lui faisant naturellement confiance. Le résultat est à la hauteur. Mathilde Seigner - comme d'ailleurs tous les acteurs du film - colle à l'univers dans lequel elle évolue. Carrée, droite, directe, concentrée en elle-même pour mieux affronter la violence des lieux, elle impose un médecin sans a priori, qui passe de la stupéfaction et la peur à la protestation. Séverine Vincent (ainsi est rebaptisée, pour les besoins de la fiction, Véronique Vasseur) fait front, soigne avec fermeté et gentillesse, obtient à coups de gueule, impérieux et rapides, quelques petits aménagements.
Yves Rénier signe une mise en scène cadrée avec précision, à l'aide d'une caméra qui glisse dans les couloirs, entre dans les cellules, suit les courses effrénées, dans les coursives et les escaliers, du médecin que l'on appelle en urgence, saisit les détenus dans le cadre insalubre de leur quotidien. Tourné dans la prison désaffectée de Rennes (Ille-et-Vilaine), le téléfilm d'Yves Rénier est servi par un éclairage du chef opérateur, Denis Rouden, digne du cinéma. Au final, le message passe, sans qu'on nous l'ait jamais imposé. Une fiction forte qui se prolonge, à 22 h 10, par un débat : « La prison française a-t-elle changé ? »
Véronique Cauhap