
ans son livre paru en 2000 au Cherche-Midi, dans lequel elle racontait son quotidien de médecin-chef à la prison de la Santé, à Paris, Véronique Vasseur écrivait :
« Les cafards courent dans l'infirmerie ; ils se baladent, s'infiltrent partout sur les pots de désinfectant : j'ai peur d'en serrer un dans la main. A la fin de la consultation, le type me demande s'il peut me revoir demain. Il a besoin d'être rassuré. Il est paumé, moi aussi. » Couloirs crasseux jonchés de détritus et de restes de nourriture où grouillent rats et souris ; murs qui partent en lambeaux ; chasses d'eau qui fuient au point que
« de la verdure commence à pousser dedans » ; odeurs qui soulèvent le coeur, etc., la prison de la santé, c'est une cour des miracles au XXe siècle. Véronique Vasseur écrira, témoignera, mènera son combat pour que les détenus puissent accomplir leur peine dans la dignité.
Inspiré de ce livre
Médecin-chef à la prison de la Santé, le téléfilm réalisé par Yves Rénier retranscrit à l'écran cette réalité, en y apportant, par petites touches, un cadre romanesque jamais racoleur. Car il s'agit, avant tout, de montrer que la révolte qui envahit progressivement son personnage central finira par envahir sa vie, jusqu'au point de non-retour. Le scénario, coécrit par Jean-Luc Estèbe et Véronique Vasseur, fait d'ailleurs la chasse aux facilités et aux digressions qui pourraient diluer le propos. Un parti pris que soutient le jeu de Mathilde Seigner, dense, profond, resserré, comme si rien ne pouvait distraire l'actrice (et donc son personnage) des murs de la prison.
AFFRONTER LA VIOLENCE DES LIEUX
Dans la vraie vie, comme on dit, Véronique Vasseur est la tante de la comédienne. Elle lui a néanmoins laissé toute liberté, lui faisant naturellement confiance. Le résultat est à la hauteur. Mathilde Seigner - comme d'ailleurs tous les acteurs du film - colle à l'univers dans lequel elle évolue. Carrée, droite, directe, concentrée en elle-même pour mieux affronter la violence des lieux, elle impose un médecin sans a priori, qui passe de la stupéfaction et la peur à la protestation. Séverine Vincent (ainsi est rebaptisée, pour les besoins de la fiction, Véronique Vasseur) fait front, soigne avec fermeté et gentillesse, obtient à coups de gueule, impérieux et rapides, quelques petits aménagements.
Yves Rénier signe une mise en scène cadrée avec précision, à l'aide d'une caméra qui glisse dans les couloirs, entre dans les cellules, suit les courses effrénées, dans les coursives et les escaliers, du médecin que l'on appelle en urgence, saisit les détenus dans le cadre insalubre de leur quotidien. Tourné dans la prison désaffectée de Rennes (Ille-et-Vilaine), le téléfilm d'Yves Rénier est servi par un éclairage du chef opérateur, Denis Rouden, digne du cinéma. Au final, le message passe, sans qu'on nous l'ait jamais imposé. Une fiction forte qui se prolonge, à 22 h 10, par un débat : « La prison française a-t-elle changé ? »
Véronique Cauhap